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Cecilia Beaux

🌹 Célébrons en ce 1er mai la naissance de la portraitiste américaine de talent Cecilia Beaux (1855-1942).

Née à Philadelphie d’un père français, Cecilia grandit dans une relative précarité qui ne freine en rien ses ambitions artistiques. Contrainte de subvenir seule à ses besoins, elle travaille comme lithographe et peintre sur porcelaine tout en suivant les cours de l’Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie. Ses premières œuvres portent l’empreinte de James McNeill Whistler, notamment son double portrait “Les Derniers jours de l’enfance” [2] qui lui permet de décrocher en 1884 le prix de la meilleure peinture d’une artiste femme à l’Académie — consécration précoce d’un talent appelé à s’épanouir bien au-delà des frontières américaines.

🎨 Quatre ans plus tard, renonçant délibérément au mariage pour se consacrer pleinement à son art, Cecilia traverse l’Atlantique et s’inscrit à l’Académie Colarossi et à l’Académie Julian où elle reçoit l’enseignement de William-Adolphe Bouguereau. Lors de son séjour en France, elle rencontre Mary Cassatt et Claude Monet — figures tutélaires d’un impressionnisme alors rayonnant qui, pourtant, ne laisse guère de traces dans son œuvre. Là où ses contemporains troublent les contours et libèrent la couleur, Beaux demeure attachée à une facture plus rigoureuse et à une psychologie du modèle héritée de la grande tradition réaliste. C’est en Édouard Manet qu’elle se reconnaît le plus, pour la force de ses compositions et le mystère qu’il insuffle à ses figures.

De retour aux États-Unis, Cecilia s’impose comme l’une des portraitistes les plus en vue de sa génération. Première femme à obtenir un poste permanent à l’Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie, elle est aussi la première Américaine dont l’autoportrait est commandé par la Galerie des Offices de Florence. Sa peinture, souvent rapprochée de celle de John Singer Sargent, lui vaut une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1900, tandis que William Merritt Chase la proclame, cette même année, la plus grande femme peintre de tous les temps.

🐱 Parmi ses toiles les plus saisissantes se distingue Sita et Sarita, exécutée entre 1893 et 1894. Le tableau représente la cousine de l’artiste, Sarah Allibone Leavitt (affectueusement surnommée Sarita), un chat noir nommé Sita perché sur l’épaule. La silhouette du félin se détache à peine sur le fond sombre, tandis que ses yeux verts étincelants semblent transpercer la toile, faisant écho aux yeux clairs de la jeune femme. Le contraste saisissant entre la clarté de la robe et le pelage sombre de l’animal convoque le souvenir de l’Olympia de Manet, dont Cecilia reprend le jeu des regards : la jeune femme détourne les yeux tandis que le chat fixe le spectateur avec une intensité presque envoûtante. Elle en fera don au Musée du Luxembourg en 1921, d’où il rejoindra finalement les collections du Musée d’Orsay.
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À bientôt sur Sfumato ! 💫
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🖼️ Liste des œuvres :
1. Sita et Sarita (1893-94). Musée d’Orsay.
2. Les Derniers jours de l’enfance (1884). Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie.
3. Une Petite fille (1887). Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie.
4. Confidences du crépuscule (1888). Musée d’Art de Géorgie.
5. Portrait de Thomas Alexander Harrison (1888). Musée des Beaux-Arts de Virginie.
6. Autoportrait (1894). Collection privée.
7. Femme de Nouvelle-Angleterre (1895). Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie.
8. Mme Clement B. Newbold (1896). Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie.
9. Dorothée dans les bois (1897). Whitney Museum, NY
10. Dorothea et Francesca (1898). Institut d’art de Chicago.
11. Mme Larz Anderson (1901-02). Larz Anderson House, Washington DC.
12. Mme Theodore Roosevelt et sa fille Ethel (1902) Collection privée.
13. Portraits en été (1911). Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie.
14. Le Manteau vert (1925). Wadsworth Atheneum, Hartford, Connecticut.
15. John Lambert (1861-1907), Portrait de Cecilia Beaux (vers 1905). Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie.