Carl Strathmann
🎨 Célébrons aujourd’hui la naissance de cet artiste allemand qui fut à la fois peintre, graveur et illustrateur.
Ce pilier de la bohème munichoise ne hiérarchise pas les supports : la même verve irrigue aussi bien ses toiles les plus ambitieuses que ses planches pour les revues satiriques munichoises ou ses créations pour les arts décoratifs.
🖌️ Mais, alors que l’Art nouveau et le symbolisme finissant traitent la ligne et le mythe avec emphase, son art tient plus de la parodie que de l’hommage. Strathmann s’amuse en effet à en désamorcer le sérieux : une naïade capturée, une gorgone pétrifiée [16], un cortège de bacchantes — les motifs sont convenus, mais l’exécution les fait glisser vers le grotesque, par des visages déformés ou des postures qui confinent au ridicule.
✨ Ce détournement s’accompagne d’un raffinement technique presque contradictoire avec son sujet : la ligne et l’ornement, traités avec une minutie obsessionnelle, envahissent la toile jusqu’à faire concurrence au motif lui-même, tandis que l’alternance d’empâtements et de glacis donne à la matière un relief presque sculptural. Lovis Corinth et Wassily Kandinsky y virent une originalité rare ; le public bourgeois en revanche s’en désintéressa.
Une telle dissonance entre l’artiste et son public s’éclaire à la lumière d’un parcours à la fois singulier et tragique. Né à Düsseldorf le 11 septembre 1866, Strathmann grandit à Leipzig où il se lie dès l’enfance avec le futur caricaturiste Thomas Theodor Heine. Formé à l’Académie de Düsseldorf, il rejoint l’école de Weimar auprès de Leopold von Kalckreuth, avant de le suivre à Munich, où sa réputation de noceur n’a bientôt plus rien à envier à celle de peintre.
🐍 En 1894, sa sulfureuse Salammbô [2] fait scandale et le rend célèbre du jour au lendemain — gloire éphémère qui ne se traduira jamais en reconnaissance unanime. Malgré des expositions répétées à travers l’Allemagne, il meurt à Munich le 29 juillet 1939 dans le plus grand dénuement, confirmant à sa manière le mythe de l’artiste maudit.
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À bientôt sur Sfumato ! 💫
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🖼️ Liste des œuvres :
1. Des fleurs roses dans un vase jaune (1917). Musée de la ville de Munich.
2. Salammbô (1894), détail. Musée du château de Weimar.
3. Nature morte aux fleurs (1916). Collection privée.
4. Portrait d’une femme (1898). Musée de la ville de Munich.
5. Des fleurs rouges et bleues dans un vase jaune (c. 1917). Musée de la ville de Munich.
6. Marie (1895-96). Musée du château de Weimar.
7. Le Gant perdu (c. 1897). Musée de la ville de Munich.
8. Hérons. Collection privée.
9. Satan (1896). Musée de la ville de Munich.
10. Conception de décoration. Musée de la ville de Munich.
11. Le groupe d’oiseaux chanteurs. Musée de la ville de Munich.
12. Nature morte aux tulipes, 1935. Collection privée.
13. La Ferme (1912). Musée de la ville de Munich.
14. Bouquet de tournesols (1916). Collection privée.
15. Clairière de sapins (1913). Musée de la ville de Munich.
16. Tête de Méduse (vers 1897). Musée de la ville de Munich.


