L’Île des morts
💀 Cette série de tableaux s’impose comme l’un des manifestes les plus puissants du symbolisme européen. Déclinée en cinq variations, l’œuvre matérialise le seuil de l’au-delà à travers un paysage minéral d’une fixité troublante.
Sur une eau sans remous, une barque s’avance inexorablement vers le rivage d’une île à l’aura mystérieuse. À son bord, une silhouette drapée de blanc se tient droite, veillant sur un cercueil, tandis qu’un rameur la mène à destination. Probablement la dernière, car sur cet amas rocheux, il n’y a pas âme qui vive. Dressées tels des remparts infranchissables, de hautes falaises de calcaire, abruptes et inquiétantes, accueillent le défunt dans son ultime demeure. L’une des niches funéraires creusées dans la pierre l’attend déjà. Au centre du cirque rocheux, des cyprès montent vers un ciel chargé de nuages. Leurs silhouettes sombres et élancées accentuent la solennité du lieu. Ici, tout semble figé, la lumière blafarde ajoutant à l’atmosphère lugubre du sanctuaire.
🖌️ Peinte en 1880 à Florence, L’Île des morts connaît un succès tel qu’Arnold Böcklin en réalise quatre autres versions au cours des six années suivantes. La deuxième, commandée par la mécène Marie Berna en mémoire de son défunt mari, introduit le cercueil et la silhouette drapée de blanc qui accentuent la dimension funèbre de la composition. La troisième, exécutée en 1883 pour le marchand d’art Fritz Gurlitt, est acquise en 1933 par Adolf Hitler, qui la destine à la Chancellerie du Reich. La quatrième, achetée par le baron Heinrich Thyssen, est détruite lors des bombardements de Rotterdam pendant la Seconde Guerre mondiale. Enfin, la cinquième version, réalisée en 1886 à la demande de Fritz Gurlitt, est aujourd’hui conservée au Museum der bildenden Künste de Leipzig.
Böcklin s’affranchit ici du naturalisme et des récits mythologiques conventionnels. Sous son pinceau, le paysage acquiert une dimension symbolique où chaque élément concourt à l’étrangeté de la scène. Héritier du romantisme de Caspar David Friedrich, le peintre bâlois substitue à la contemplation de la nature une plongée dans les replis de l’inconscient. En refermant le cadre sur cette ultime demeure, Böcklin n’offre aucune échappatoire, invitant l’observateur à sa propre veillée.
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Bonne fête d’Halloween ! 👻
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🖼️ Les différentes versions de l’Île des morts d’Arnold Böcklin (1827-1901) :
1. Première version, 1880. Kunstmuseum (Bâle). Huile sur toile, 111 × 155 cm.
2. Deuxième version, 1880. Metropolitan Museum of Art, New York. Huile sur bois, 74 × 122 cm.
3. Troisième version, 1883. Alte Nationalgalerie, Berlin. Huile sur bois, 80 × 150 cm. [photo 1]
4. Quatrième version, 1884. Détruite lors des bombardements de Berlin. Huile sur cuivre, 81 × 151 cm.
5. Cinquième version, 1886. Musée des Beaux-Arts de Leipzig. Huile sur bois, 80 × 150 cm. [photo 2]Répondre


