Focus art

Georgette Agutte

🌞 Un anniversaire qui donne un avant-goût d’été. C’est en effet un 17 mai que naît l’artiste à la palette vibrante, Georgette Agutte (1867-1922).

Issue d’un milieu propice à l’épanouissement créateur, Georgette grandit orpheline de père — l’artiste prometteur Jean-Georges Aguttes disparaît accidentellement peu après sa naissance. C’est par la sculpture qu’elle s’initie d’abord, auprès de Jean-Louis-Désiré Schrœder, avant que son parcours ne prenne une tournure décisive : encouragée par le peintre René Piot, elle assiste en auditrice libre aux cours de l’illustre Gustave Moreau à l’École des Beaux-Arts de Paris, où elle noue une amitié durable avec Henri Matisse. Unique femme de l’atelier (l’accès aux Beaux-arts ne sera officiellement ouvert aux femmes qu’en 1897), elle en tire une indépendance d’esprit qui marquera durablement sa vision.

🎨 Sa peinture prend d’abord ancrage dans le post-impressionnisme, avec des vues de la Seine et des scènes de jardin au rendu sage, mais sensible. Vers 1910, un virage s’opère : elle se rapproche du fauvisme, faisant de la couleur son territoire souverain. Mais là où les Fauves aplanissent les volumes au profit de la liberté chromatique, Georgette, soucieuse d’ancrer chaque sujet dans la matière, conserve dans ses toiles un modelé affirmé, voire sculptural. Apollinaire lui-même, dans une chronique de 1913, salue cette liberté nouvelle, notant qu’elle semble désormais affranchie de l’influence de Matisse. De 1908 à 1919, elle expose dans les galeries Petit, Druet et Bernheim-Jeune, et participe à la fondation du Salon d’Automne, dont elle devient membre d’honneur. Cependant, son œuvre ne se cantonne pas à la peinture : elle livre plusieurs modèles de tapisseries à Aubusson et sculpte le Monument à Jules Guesde, inauguré à Roubaix en 1925.

À ces élans artistiques se mêle une vie conjugale d’une intensité rare. En 1897, elle épouse Marcel Sembat, député socialiste et fervent défenseur des avant-gardes. Leur union dépasse le simple compagnonnage : dès 1889, Sembat avoue dans son journal être éperdument épris de Georgette, alors encore mariée à un autre. Fusionnels, ne se séparant guère, ils s’épaulent sans faille tout au long de leur vie commune, entretenant une correspondance nourrie de déclarations d’un romantisme échevelé. Homme politique et lettré, il s’ouvre sous son influence à la peinture moderne, visite les expositions à ses côtés, prend part au jury du Salon d’Automne et publie des textes sur Matisse et Marquet — confiant, non sans gratitude : « Magette m’a sauvé. » Elle, de son côté, fait de lui un sujet récurrent : on le voit lire, se promener dans le jardin, surgir en silhouette dans ses toiles tel une présence douce et bienveillante. C’est d’ailleurs dans leurs demeures communes — la maison d’enfance de Marcel à Bonnières-sur-Seine et leur maison rue Cauchois à Paris — qu’elle installe ses ateliers. Le couple cultive des amitiés profondes avec Matisse, Signac ou Derain, proximité qui occasionnera une collection majeure d’œuvres néo-impressionnistes et fauves, léguée au musée de Grenoble. Lorsque Marcel s’éteint en septembre 1922, Georgette ne lui survit pas. Avant de se donner la mort, elle laisse ces quelques mots bouleversants : « Voici douze heures qu’il est parti. Je suis en retard. »
.
.
À bientôt sur Sfumato ! 💫
.
.

🖼️ Liste des œuvres :
1. Les Femmes à la coupe d’oranges (1910-12). Musée de Grenoble.
2. Le Café dans le jardin (1905). Musée de Grenoble.
3. Portrait d’une femme portant un chapeau fleuri dans le jardin d’une maison à Bonnières-sur-Seine (c. 1905), détail. Collection privée.
4. Vue de Bonnières (1908). Musée de Grenoble.
5. Nature morte aux pastèques, vases et tapis (1912-14). Musée de Grenoble.
6. Une Asiatique assise (1912), détail. Tomaselli Collection.
7. Jardin à Bonnières. Musée de Grenoble.
8. La Belle Italienne (1919). Musée des Beaux-Arts de Mulhouse.
9. Nature morte (1922). Musée de Grenoble.
10. Marcel Sembat lisant, époux de l’artiste. Musée de Grenoble.
11. Les Pommes. Tomaselli Collection.
12. La Douleur (c. 1910). Sculpture en plâtre. Musée de Grenoble.
13. Autoportrait (début 20e). Musée de Grenoble