Enchères

Le Chant

🎵 Une figure penchée sur sa partition, bouche entrouverte sur la note qui va suivre : Le Chant d’Henri Lerolle tient tout entier dans une économie de moyens, sans décor ni profondeur pour nous en distraire.

La toile ne retient en effet du décor que l’essentiel. Le fond brun, presque uni, semble absorber la figure, ne laissant affleurer que la carnation chaude de son visage et de ses mains. Sobrement coiffée d’un chignon, la jeune femme est vêtue d’un habit noir rehaussé au col et aux emmanchures d’une discrète blouse blanche. À son corsage, un modeste bouquet de fleurs apporte la seule note de couleur franche à cette harmonie de bruns. La sobriété chromatique répond à celle de la composition. Buste droit et regard légèrement baissé sur la partition qu’elle tient entre ses mains, notre jolie interprète déchiffre avec grâce et retenue les paroles qu’elle s’apprête à entonner. Un instant suspendu à cette voix que l’on imagine déjà, divine, fluette, cristalline.

🎼 Dans l’œuvre d’Henri Lerolle (1848-1929), la musique n’est pas un motif isolé. La scène n’est en effet pas sans rappeler la figure centrale de son œuvre la plus célèbre, La Répétition d’orgue [2]. Nous y voyons sa belle-sœur, Marie Escudier, chanter dans la tribune de l’église Saint-François-Xavier, tandis que son beau-frère, le compositeur Ernest Chausson, joue de l’orgue derrière elle. Présenté au Salon de 1885, ce tableau connut l’année suivante un accueil triomphal à New York, lors de la première grande exposition impressionniste organisée en Amérique. Son impact fut tel qu’un critique raconte que les visiteurs chuchotaient devant l’œuvre, comme dans l’attente d’entendre s’élever la voix de la chanteuse.

Ami et collectionneur d’Edgar Degas, Maurice Denis et Édouard Vuillard, et violoniste/compositeur à ses heures, Lerolle fut aussi un peintre de grands décors publics, à la Sorbonne et à l’Hôtel de Ville de Paris (1889), puis dans plusieurs édifices religieux, dont l’église Saint-Martin-des-Champs (1890) — la musique trouvant sa place dans les thématiques qu’il traite à la Schola Cantorum. Il s’illustre aussi dans de grands formats à l’atmosphère intemporelle — jeunes femmes vêtues de blanc au bord d’étangs, scènes de toilette féminine —, ou, dans un registre plus prosaïque, avec des scènes paysannes ou d’intérieur — la figure féminine pour fil conducteur.


🖌️ C’est dans une veine plus intime que s’inscrit Le Chant. En resserrant le cadrage sur la figure, cette délicate partition picturale s’apparente à une scène de recueillement, une méditation introspective et sensible sur la transcendance de la musique.
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Enchère à suivre ! 💫
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Informations vente & tableaux :


1. 🔍 Lot 585 : Henri LEROLLE (1848-1929), Le Chant. Huile sur toile signée de 81 x 65 cm. [ Estim. 800 – 1 000 € ]. Vente De Baecque (Lyon), lundi 28 septembre 2026, 14h00. @de_baecque_et_associes


2-3. 🖼️ Henry LEROLLE (1848-1929), La Répétition d’orgue (1885). Metropolitan Museum of Art (NY). @metmuseum

crédit photo © maison de vente