Rêve d’Orient
✨ Une féerie hors du temps signée Gustave Moreau
Sous un ciel crépusculaire où affleure une lune spectrale, une péri, esprit féminin de la mythologie arabo-persane, s’envole à dos de dragon. Les deux créatures mythiques semblent ne faire qu’un dans cet élan qui les transporte vers les cieux. L’osmose se crée jusque dans la parure de la figure – bijoux, coiffe, étoffes aux accents précieux – qui répond aux écailles multicolores du dragon. Autour d’elles, le paysage luxuriant participe aussi à la complexité ornementale de l’œuvre. En contrebas, un parterre de fleurs écloses exhale ses senteurs délicates, tandis qu’à l’horizon, de hautes montagnes ainsi que les silhouettes de bâtisses arabisantes se devinent dans la pénombre bleutée.
🌸 En tant qu’esprit, la péri n’a nul besoin de nourriture solide. Elle se nourrit exclusivement d’essences aromatiques subtiles qu’elle glane lorsqu’elle descend sur terre. Ici, elle tient entre ses mains son précieux butin, une fleur bleue tout juste cueillie dont elle semble se repaître avec délectation. Ce mets délicat symbolise la pureté de cette créature et son lien direct avec le Paradis.
Toutefois, elle ne fut pas toujours considérée comme une fée bienveillante. Autrefois, la péri était assimilée à une force malfaisante, susceptible de mener les hommes à leur perte sous les traits d’une belle jeune fille. Héritière de ce pouvoir de séduction, elle rejoint ainsi le cortège des femmes fatales qui hantent l’imaginaire de Moreau, de Salomé à Cléopâtre.
🎨 En 1881, l’artiste est au sommet de son art. Le Salon de 1876, puis l’Exposition universelle de 1878, ont fait de lui un peintre célèbre autant que déroutant : la critique le dit visionnaire, et Zola lui-même renonce à le situer. Il vit alors retiré dans son hôtel particulier parisien, devenu musée, où il se consacre tout particulièrement à l’aquarelle. Ce qui n’était qu’une étape vers la peinture à l’huile devient, face à l’engouement de ses amateurs, un art à part entière : des créations rehaussées de gouache et d’or que le symboliste sait parfaitement rendre désirables. Il puise son inspiration dans les revues illustrées de son époque, notamment Le Magasin pittoresque dont il est un lecteur assidu. Les images d’un Orient rêvé qui y sont diffusées lui permettent de découvrir des cultures lointaines, de l’Égypte à l’Extrême-Orient. Elles enrichissent sa peinture, son univers n’en devenant que plus foisonnant, sensuel, éclatant, à l’instar de cette péri qui devrait ravir bien des cœurs.
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Enchère à suivre ! 💫
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🗓️ Jeudi 22 octobre 2026, 18h00 : Vente “La Collection Schlumberger. Le Temps retrouvé”, Sotheby’s Paris @sothebys
🔍 Lot 6 : Gustave MOREAU (1826-1898), Rêve d’Orient (1881). Aquarelle et gouache sur papier. Signé. Dim. feuille : 38,6 x 26,9 cm. [ Estim. 600 000 – 800 000 € ]
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